Tic-tac

Tic-tac, tic-tac
fait l’horloge


 

Tic-tac, tic-tac
fait l’horloge.
L’horloge ? Quelle horloge ?
Celle de votre vie.
Comment ? Vous préféreriez
un sablier ?
Voir, plus qu’entendre,
votre vie s’écouler ?

Point de temps pour ces questions.
Vous devriez en user,
voir même l’user.
Il est urgent d’en profiter.
Pressez-vous !
Il est grand temps
de prendre votre temps.

Tic-tac, tic-tac
fait l’horloge.
N’oubliez pas : l’heure tourne.


Je suis relativement fier de ce poème écrit aujourd’hui en cours de mécanique. Laissez-moi y ajouter mon témoignage en guise d’explication.

Il y a de ça à peine plus qu’une semaine, j’ai enterré mon oncle. On ne peut pas dire qu’il soit mort vraiment jeune : il avait 58 ans. Mais comment vous dire… Ma grand-mère est gâteuse, un autre oncle plus âgé est en fauteuil roulant à cause d’une maladie dégénérative qu’il subit depuis plus de 10 ans.

Mais surtout il méritait vraiment de mourir vieux.

C’est étrange d’apprendre des choses sur son oncle à son enterrement. Ce que j’ai appris, c’est que du Liban il est allé en Syrie. Et dans ce pays, il fut le seul à rester en poste dans un hôpital pendant trois semaines de bombardements. Après quoi il est venu en France.

Il y a rencontré ma tante. Il s’est également dégotté un travail plutôt intéressant : il était pédiatre. Tous les ans à Noël, c’était visite médicale offerte pour tous les petits cousins-cousines. Ses patients, il les aimait. Il montrait leurs dessins à sa famille proche comme on montre un tableau à ses amis.

Par-dessus tout, il aimait sa famille. Son fils et ses filles (mon cousin et mes cousines). Je me souviens de ses cinquante ans, où on était tous invités pour un superbe repas libanais. Je me souviens des quantités de photos qu’il prenait à chaque fête en famille, pour nous les envoyer sur Picasa après. De sa quantité d’albums remplis d’images prises pendant ses voyages avec ma tante et mes cousins.

Alors oui, il méritait de mourir vieux. Il méritait d’atteindre les 80 ans, et de voir peut-être son corps doucement s’affaiblir. D’être entouré d’une grande famille qui viendrait organiser Noël chez lui. De recevoir des tas de cartes postales de toutes les vacances de ses petits enfants.

Et d’ailleurs… Ma cousine s’est mariée le 15 juillet. Lorsqu’il l’a appris, l’année dernière, il a pris ma tante dans ses bras en s’exclamant « On va être grands-parents ! »

Mais non.

Parce qu’il y a 5 mois, à peu près, on lui a diagnostiqué un cancer du pancréas. Alors, au mariage de sa fille, on lui a interdit de prendre des photos (c’était aussi pour qu’il profite de la fête). Et il a passé la journée, ou presque, dans un fauteuil.

Et il y a deux semaines il est mort.

Comprenez bien, je ne vous demande pas vos condoléances. En fait, je n’en veux même pas, même si je voudrais crier à tout le monde que ce n’est pas juste, que mon oncle ne devrait pas mourir comme ça. Même si je sais qu’il y a bien d’autres personnes pour lequel c’est pire.

Ce que je veux vous dire, c’est qu’il ne faut pas oublier l’essentiel. L’essentiel c’est de vivre. Mon oncle ne connaîtra pas ses petits-enfants. Comme le dirait Grand Corps Malade : je me suis bien renseigné, on en sortira pas vivant. Alors moi je dis qu’il est urgent de prendre son temps. De prendre son temps pour en profiter pleinement. Pour profiter du fait d’être en vie. Il est urgent d’arrêter de se compliquer les choses. Urgent d’arrêter de se prendre la tête. Urgent de laisser couler.

Un petit exercice comme ça. Mettez-vous bien en situation : on vous annonce que dans 24h précise, vous mourrez. Pas de dégénérescence, rien. Juste une mort instantanée dans 24h. Que feriez-vous ?

Au (re)mariage de ma mère, j’ai failli avoir l’occasion de danser un slow avec ma cousine. Ça fait peut-être un peu étrange dit comme ça, mais à chaque fois que je me livre à ces pensées, c’est cela qui me vient en tête. L’envie de faire ce slow avec ma cousine.

Il est urgent de prendre son temps. Parce que, peut-être, demain, ce sera fini.

16 réflexions sur « Tic-tac »

  1. Je viens de voir l’An 01 comme film : ils apprennnent à prendre le temps en disant merde au monde. Tu devrais le voir, ça te plairait et quand j’ai lu ton poème j’ai eu une connexion 🙂

  2. Merci de nous rappeler qu’il faut cueillir le jour présent, texte très touchant sans artifices, bravo à l’auteur !

    1. Je fais semblant de répondre pour qu’on croie pas que j’ignore mes commentaires… Mais vu qu’on en a parlé en privé…
      M’enfin, merci quand même.

  3. Très beau. Je pensais même qu’il s’agissait d’un extrait dans grand auteur au début !

    Je trouve cette philosophie de vie très intéressante : celle de vivre au jour le jour, de profiter de chaque journée comme s’il s’agira de la dernière.
    Mais est-elle (cette philosophie) vraiment applicable ? Chaque jour, certaines « tâches » nous ennuient et nous laissent penser qu’on ne profite pas de la Vie, à commencer par notre travail. Malheureusement, ce dernier prend une grande partie de notre existence. Faut-il quitter son travail, tout dépenser aujourd’hui et partir à la rencontre du vrai Bonheur ?
    Je veux bien entendre que je pousse la réflexion un peu à l’extrême, sans penser au juste milieu, à l’équilibre. Mais s’il faut atteindre cet équilibre, cela voudrait-il dire qu’on ne peut malheureusement qu’être partiellement heureux ?

    1. (Sympa ton mail)

      Eeeeeh oui, à l’extrême ça devient compliqué. C’est pourquoi j’essaye de le faire envisager, non pas comme but à atteindre – je ne dans pas des slow avec ma cousine tous les jours depuis que j’ai écrit l’article, en plus on commencerait sincèrement à se poser des questions – mais comme objectif à ne pas oublier. L’idée étant de se rappeler ce qui est important : être en vie, et prendre son temps pour en profiter. Ralentir la cadence dans notre société trop pressée, surtout à Paris.

      Tout ça pour ne pas se contenter juste d’être en vie, mais vivre. Vivre vraiment.

  4. Je…
    Je tombe sur ce texte juste au bon moment, j’ai aussi connu il y a 2 semaine la mort d’une amie alors lire ça c’est sympa…
    Il faut donc vivre la vie maintenant, la mort est là autours de nous alors autant vivre pleinement l’instant présent, qui sait si dans une heure un accident ne me tuera pas…

    1. Salut Eragon. Je pense que tu as parfaitement compris ce que je souhaitais dire. D’autant plus dans ta situation, tu es donc en mesure d’en saisir l’essence. Mes condoléances et bon courage à toi.

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