Ressenti #2

Que faut-il faire pour se sentir bien ?

J’ai l’impression de ne pas être celui que je voulais être. Trois ans, ça devrait être suffisant pour avoir le sentiment d’avoir progressé dans la bonne direction, non ? Trois ans, ce n’est pas suffisant pour avoir l’impression de manquer à ses valeurs, l’impression de s’être trahi soi-même, si ? Oh oui, j’avais sans doute beaucoup de belles paroles. Je sais bien que je ne peux pas être ou faire précisément ce que je pensais, forcément, j’étais un peu trop idéaliste.

D’un autre côté, j’étais fier de l’être. Idéaliste. Utopiste même. J’aimais même m’affubler du sobriquet d’humaniste. À un point que c’est toujours dans ma description sur Mastodon. Et pourtant, qu’est-ce que je suis devenu ?

Où sont passées les belles idées ? Où est passée l’envie de faire mieux ? Où est passée l’envie de procurer un peu de bonheur simple aux gens ? Où est passée la poésie ?

Il y a trois ans, vous m’auriez demandé ce que je voulais faire, j’aurais répondu que je voulais « devenir quelqu’un de bien ». Vraiment, je le sais, je l’ai fait, un jour en fin d’après-midi sur les bancs de la fac. En sortant cette bague qui était censée représenter et me rappeler mon engagement. Sur les bancs d’une fac qui me révoltait à l’époque parce qu’elle voulait me forcer dans un moule dont je ne voulais absolument. Une personne par case et une case par personne, que du carré, comme ça tout s’emboîte.

Alors on se dit qu’il faut, et on rentre un peu. Parce qu’on n’a pas le choix, ou du moins on n’en voit pas d’autre. On se moule soi-même pour pouvoir rentrer, et on cherche les bons côtés. On en trouve certain, alors pour oublier les mauvais, on en profite le plus possible. Et pour oublier qu’on oublie les mauvais côtés, on les suce jusqu’à la moelle ces bons côtés. Et pour oublier tout ça, on se force à rentrer toujours plus dans notre case, notre toute petite case, notre petit carré qui ne définit pas ce que l’on est mais juste la place que la société nous laisse.

Et un jour on se regarde dans un miroir. Là où il y avait des tourbillons, des spirales, des grandes courbes s’envolant dans les airs, dans une myriade de couleurs, il n’y a plus rien. Juste un carré. Un carré gris. On n’est ni bon ni mauvais. On essaye de ne pas faire trop de mal aux autres. Ce n’est pas qu’on a mis notre musique en sourdine. Non, c’est plutôt qu’on a coupé les cordes, tordu les cuivres, brûlé les bois. Et décapité le musicien.

Alors on est là, on croit qu’on ressent, mais on est juste stimulé. On croit qu’on ressent, mais c’est pas possible, parce que notre cœur est déjà occupé par un vaste champ stérile d’une mélancolie crasseuse, qu’on a installé là pour se rassurer on se disant que c’est pas ça qu’on veut mais qu’on n’a pas le choix.

On se regarde dans le miroir, mais on se reconnaît pas, alors là d’un coup j’ai envie de frapper dedans. Un coup de poing, violent, que je le brise, que je le sente s’effriter, que je saigne, que je souffre, que je ressente enfin une putain d’émotion, n’importe quoi, quelque chose. J’ai envie de me cracher à la gueule, de me haïr, juste pour avoir l’impression d’être vivant.

Trouver une chose, une seule petite chose, qui ne me donne pas l’impression d’être là pour rien…

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