Oubliés, les doux rêveurs…

Il y a peu, l’ami Qwerty a choisi de rouvrir son blog. Il s’agit de Graine d’Utopie, un blog que l’on pourrait qualifier de tribune à ligne politique démocrate directe / sociale / initiative locale / altermondialiste. Et il se trouve qu’il y a quelques années, j’ai – maigrement – participé à l’ancienne version de Graine d’Utopie.

L’idée était à l’origine un vrai blog participatif, où nous pourrions écrire à plusieurs puis s’est transformé en aggrégateur de nos différents blogs. Nous étions quelques uns alors à écrire sur nos blogs respectifs, avec notre vision utopiste. Qwerty me dit que c’était il y a 5 ans, quasiment, en 2015. J’en suis moi-même surpris parce que mon blog ne remonte pas jusqu’en 2015, mais je me souviens d’avoir eu quelques articles là-bas !

on avait perdu l’esprit graine d’utopie, à savoir de doux rêveurs qui veulent changer le monde

Dans un de ses messages sur Zeste de Savoir, Qwerty dit qu’à un moment le blog a fermé parce qu’on avait perdu l’esprit graine d’utopie. Et je me rends compte, finalement, que c’est vrai.

Revenons donc sur les articles publiés à l’époque sur ce blog. Nous avons un article sur la découverte émotive d’une association locale pour l’environnement. Un message pour donner mon avis sur le blocage des raffineries, et ma volonté de défendre les ouvriers. Puis finalement, de la poésie, même si ce n’est pas la mienne.

Comment étais-je en 2016 ? J’étais plus jeune, plus bête, sans doute. Mais j’avais de l’utopie plein la tête. Je me cherchais, beaucoup.

Je me révoltais, avec mes petits mots, contre ce que je trouvais d’aberrant dans notre société. Nos moyens de production qui explosaient mais le temps de travail qui ne changeait pas, le capital aux mains des capitalistes, l’environnement réduit à une fonction publicitaire, les politiciens, qui ne nous écoutaient pas.

Et les possibilités qui s’offraient : une société non marchande, l’économie du don, le logiciel et la culture libre, la permaculture. Les communautés autonomes, appliquant la démocratie directe et plaçant l’humain et l’environnement au coeur de leurs idées.

Quelques mois plus tard, voici venu le jour où j’écris Tic-Tac, poème et texte appelant à prendre son temps, ralentir, pour mieux profiter de la vie, et surtout arrêter de se prendre la tête sur tout et n’importe quoi. Je crois qu’à cette époque, bienveillance, tolérance, ouverture d’esprit étaient vraiment mes mots d’ordre.

On peut dire, je pense, que j’étais un doux rêveur.

Que suis-je devenu maintenant ? Je me prépare depuis plusieurs années à mon insertion dans le monde du travail, en suivant des études dites professionnalisantes. Stages et alternances. J’ai quitté le domicile familial, vécu en relative autonomie grâce au salaire de l’apprentissage. J’étudie toujours. J’expérimente différents métiers.

Je me retrouve à travailler, et je n’aime pas ça, et pourtant j’en suis fier. Fier de travailler, je le crois, à réduire nos impacts environnementaux, à promouvoir une construction plus durable. Mais je n’aime pas ça. Mais c’est important. Et j’aimerais bien être indépendant financièrement. Je paye mon appart, mes factures, mes vacances.

J’ai nuancé mon avis politique. Je comprends, en fait, qu’il y a énormément de paramètres très complexes dans les décisions gouvernementales. Je comprends que l’économie, on ne peut pas la mettre de côté, parce que c’est très important dans nos vies. Je vois toutes ces personnes qui appellent à du social avoir des envies très tranchés, et je me rends compte qu’elles essayent très peu d’avoir un point de vue différent pour être sures de ne pas se tromper. Je préfère m’abstenir, alors, de soutenir leurs positions, par incertitude. Mais je ne prends pas le temps de me renseigner pour pouvoir me positionner.

J’ai oublié, un peu, je crois, ce que c’était que de se révolter contre des décisions injustes.

J’ai oublié, un peu, je crois, ce que c’était que de vouloir vraiment un monde meilleur.

Je me souviens de quelques mots écrits en 2015, quand je remettais tout le système en question :

Je voudrais sortir les crocs, mais en face de moi il y a une machine, immense, et je ne sais par quel bout l’attaquer…

Est-ce que, finalement, je suis tombé dans le piège que je craignais déjà à l’époque ? Celui d’être forcé dans un moule que je n’aime pas ? Je ne sais pas si c’est le cas, je ne sais pas comment l’évaluer. Je ne fais que constater qu’aujourd’hui, les poèmes et les textes ont disparus. Et pourtant, je voudrais vraiment réussir à écrire.

Aujourd’hui, j’ai l’impression que je ne sais plus par quel bout attraper le rêve.

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