Les corbeaux


Une plaine désertique. Des nuages, gris, pesants. Dans le ciel, une nuée d’oiseaux noirs. Ils tournoient un moment, avant de plonger vers le sol. Ils se posent.

À côté du cadavre.

Ils se mettent à becqueter goulûment, en plein ventre, sous le regard du décédé.

– Eh, je suis là, hein.

Les volatiles ignorent complètement sa remarque et continuent de festoyer.

– Vous savez, c’est vraiment désagréable de se voir infliger ça, sans même être un minimum concerté.

Le cadavre pousse un soupir. S’il le pouvait, il hausserait volontiers les épaules. Mais bon, il est mort, après tout.

– C’est ça, allez-y, passez aux jambes. Pour ce que je m’en servais, après tout.

Il faut admettre que le spectacle de sa propre ingestion par des charognards n’est pas des plus plaisants. Surtout avec les bruits associés.

– Oh, mes doigts. C’est dommage, ils me servaient à jouer du piano.

Il est un peu morose. Un des corbeaux s’éloigna des autres. Il se tourna vers lui, et par là nous voulons dire son visage.

– Oui ?

L’oiseau se rapproche en bondissant.

– Qu’est-ce que tu me veux ?

Il se rapproche encore et le dévisage.

– Est-ce que… Tu m’entends ?

Paf. L’oiseau vient de donner du bec sur son œil. Et il insiste.

– Ah non, mais laisse-ça tranquille ! Ouste ! Pccchhh ! Va-t’en !

L’homme a beau essayé de débattre, un cadavre n’est que peu de choses face à un corbeau décidé. Ce dernier finit par gagner et repart avec sa friandise.

– Ah, bah super. Non seulement je peux plus rien faire, mais en plus je vois presque plus rien maintenant.

Il pousse un nouveau soupir. Il se sent bien seul.


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