Les chasseurs


Le lapin courait à toute allure, frappant le sol encore et encore de ses pattes, bondissant à un rythme effréné. Sa vie en dépendait, on entendait derrière lui les aboiements des chiens se rapprocher. Petit à petit, les chasseurs gagnaient du terrain.

Les chiens en tête apparurent alors dans l’herbe derrière lui, les cris se firent plus fort. Paniqué, au bord de la crise cardiaque, le lapin redoubla d’effort. Presque, il y était presque !

Derrière lui, un chien se ramassa sur lui-même. La scène se déroula au ralenti, les muscles du lapin et du poursuivant se contractant en même temps, les membres se dépliant, les deux corps quittant le sol. Le soleil qui brillait avant d’être caché par le chien, son ombre s’étalant par-dessus le fuyard. L’un après l’autre, ils s’enfoncèrent dans le trou du terrier.

Le chien resta bloqué.

Lorsque les chasseurs arrivèrent enfin, ils le trouvèrent en train de se débattre fébrilement, secouant ses pattes arrières en tout sens sans réussir à se sortir du piège dans lequel il s’était fourré. Pestant contre cette malchance, l’un d’entre eux voulut le sortir de là. Mais il tira vainement sans le faire bouger d’un pouce.

Bien évidemment, ses compagnons le moquèrent. Après quelques échanges au ton haut, un autre vint l’aider. Sans plus de résultats. Les chasseurs étaient de plus en plus surpris, et de plus en plus nombreux à tirer sur les pattes de la pauvre bestiole. Bientôt, ils furent tous dessus, à jurer et forcer.

Enfin, le chien se libéra dans un « pop » sonore. Sous leurs yeux ébahis, un vent monstrueux s’éleva depuis trou, aspirant la terre, l’herbe, les feuilles, puis leurs armes, leurs vêtements, les arbres alentours, jusqu’aux moustaches et les poils de la meute. Bientôt, il ne resta qu’un cercle de terre, des chasseurs fort surpris, des chiens encore plus, mais tous aussi plus nus les uns que les autres.


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