Le blocage des raffineries, c’est bien

J’aimerais dire ici pourquoi le blocage des raffineries de pétrole est une bonne chose. Il y a trois raisons à cela, que j’expliquerai juste après. D’abord, un peu de contexte.

D’après Wikipédia, le pétrole représentait en 2014 31,4% de la part d’énergie primaire consommée par l’humanité. Toujours d’après Wikipédia, le pétrole représentait 93% de l’énergie utilisée dans les transports. Ce qui veut dire que si on n’a plus de pétrole raffiné, on n’a plus de transports ou presque.

Il restera toujours les transports en commun. On se retrouve à ce momen-là face à deux problèmes :

  • Un Américain moyen parcourait 15 000 km/an en 2012 (toujours d’après Wikipédia). Je n’ai pas de chiffre pour la France, mais on peut supposer qu’il reste très important. Ce qui veut dire que toutes ces personnes, si elles ne peuvent pas prendre la voiture, vont devoir se déverser dans les transports en commun. Si vous avez déjà pris le rer A en heure de pointe, vous comprenez aisément que cela ne peut pas se jouer. Les transports ne peuvent pas recevoir une telle affluence.
  • La zone rurale, elle, est très mal desservie en transports en commun. Si les moyens de transports fonctionnant au pétrol raffiné ne fonctionne plus, cela posera plusieurs problèmes. Il n’y aura plus de cars, donc plus de transports scolaires. Les habitants ne pourront plus aller se refournir aux (super)marchés. (Super)marchés qui, d’ailleurs, ne seront plus ravitaillés en camions. Les personnes âgées nécessitant des soins ne pourront plus recevoir la visite de leur médecin.

Un autre problème est celui de l’agriculture, ou de l’industrie plastique. Les deux nécessitent du pétrole, pour les engrais ou pesticides chimiques, et pour la fabrication de la matière plastique. Ceci dit, il faut noter que des engrais se font aussi à base d’un gaz naturel.

Un peu de contexte politique maintenant. En novembre dernier se déroulait la COP21. Le 13 du même mois, une ou deux semaines avant le début de la conférence sur le climat, se jouaient les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Depuis ce jour, la France est placée sous l’état d’urgence, prolongé à l’approche de chaque échéance. Les contestations politiques ne cessent de monter jusqu’aux derniers événements.

En février, le gouvernement dévoile son projet de loi travail, qui vise à une réécriture complète du code du travail. L’opposition est dès lors très forte, et les mouvements de contestations se multiplient. Manifestations, grèves, pétitions, rassemblement sur Internet. Il se crée plusieurs mouvements de contestations, celui de la CGT mais également celui lancé sur Internet, le mouvement OnVautMieuxQueÇa. Pour certains, il semble que ce soit la goutte qui fasse déborder le vase et il se lance alors le mouvement Convergence des Luttes, et donc Nuit Debout.

La frustration monte dans l’opposition qui dénonce un gouvernement faussement socialiste. Le ton dans les manifs monte, les casseurs se multiplient, les violences policières également, et la tension générale ne fait qu’augmenter. Et cela se termine actuellement par des grèves générales, dont notamment celle des raffineries de pétrole.

Et c’est donc après avoir fait une intro plus longue que le reste de mon article que nous pouvons passer à ce qui m’intéresse.

Pourquoi le blocage des raffineries est-il une bonne chose ?

Commençons par la raison la plus évidente. Les ouvriers des raffineries font pression sur leur gouvernement. Ils portent leur parole là où on va les attendre. Si les raffineries ferment, le pays, paralysé, ne peut que céder. Et c’est grâce à ces actions-là que l’on a pu obtenir de vrais progrès sociaux.

Ensuite vient un rappel important. Tous les Français utilisant leurs voitures quotidiennement ont peur. Ils ont tous peur de se retrouver à court d’essence sans pouvoir aller au travail. Ils se sont tous précipités sur les stations essence disponibles, qui elles se sont retrouvées vidées. Conséquence de quoi, les stations essence se précipitent sur les plateformes de ravitaillement qui se retrouvent bouchées. Et des gens n’ont plus d’essence, certains n’osent pas l’utiliser de peur d’en avoir besoin. Les supermarchés voient leurs chiffres baisser parce que leur clientèle habituelle ne vient pas. Le pays est dépendant. Et c’est toujours bon de le dire. Parce que peut-être que les gens vont s’en rendre compte, encore plus avec la fermeture des centrales nucléaires. Et il est déjà plus que temps de se dire qu’il est nécessaire de passer à des énergies écologiques et renouvelables. Parce que tout le monde le sait, le pétrole ça n’apparaît pas en claquant des doigts, et bientôt on n’en aura plus. Et on apprend également qu’il n’est jamais prudent de dépendre d’une unique source d’approvisionnement. Même si il y a huit raffineries, nous sommes beaucoup trop dépendant d’elles, et cela se paye aujourd’hui.

Et une dernière raison, qui pour moi est également vitale. Ces événements rappellent que de toute façon, tout notre système se base sur les ouvriers. Si les ouvriers le décident, il n’y a plus rien. Sans eux, c’est toute l’échelle qui s’effondre. Et du coup ils nous font remarquer qu’on a plutôt intérêt à faire attention à eux, à tous les ouvriers.

Me promener à vélo,
Le matin tôt.
Respirer l’air frais
Dès l’aube, me rend gaie.

Florence Levardon – Promenade à vélo

4 réflexions sur « Le blocage des raffineries, c’est bien »

  1. Bonjour Philibert,

    1er argument: Et c’est grâce à ces actions-là que l’on a pu obtenir de vrais progrès sociaux.
    Oui, mais à des époques différentes, une activité économique en forte croissance de 1936 jusqu’à la fin des 30 glorieuses. Depuis, il ne t’échappera pas que nous sommes rentrés dans un contexte économique moins porteur et dans une économie qui s’est globalisée. Ces actions là aujourd’hui ne servent plus que des intérêts catégoriels et ne rejaillissent absolument sur l’ensemble des salariés.

    2ème argument: ton message me semble moins clair, tu parles apparemment de l’importance de l’écologie ? Etrange, dans le 1er argument tu défends ceux qui veulent sauver leur situation dans l’industrie pétrolière et dans le 2ème, tu parles de l’écologie nous faisant renoncer à cette même industrie pétrolière.

    3ème argument: sans ouvrier, il n’y a plus rien. Remarque bien que sans patron, ça ne va pas marcher beaucoup mieux ! Pour finir, tu parles d’ouvriers, mais un ouvrier est généralement apparenté à l’industrie et la France d’aujourd’hui est nettement orientée sur les services: encore des ouvriers, beaucoup plus d’employés et grande nouveauté l’uberisation de notre société qui existait avant Uber, mais qui va connaitre une explosion.

    Voilà, je vais temporiser l’aspect critique de ma réaction, si je te réponds c’est que ce sujet sociétal m’intéresse aussi. Je crois aussi que si nous tirons des conclusions différentes, nos avis ne sont peut-être pas fondamentalement opposés.

    Griso (venu ici après avoir vu ton lien dans ZDS)

    1. Je réponds demain sur mon PC, hésite pas à me relancer, ici ou par mp sur zds. Mais surtout, n’hésite surtout pas à la critique, les commentaires sont là pour ça ^^

      Rien à dire sur l’intro par contre ?

      1. Le Philibert, c’est l’auto-correction ou une blague ? ^^

        Bon, ce lien sur zds a explosé mon compteur de visites, c’est n’importe quoi. Pour te répondre :

        – Pour moi, c’est avec ce genre d’actions que l’on arrivera à faire quelque chose. C’est certes un début, il faut continuer, aller plus loin, mais pour moi ça reste le seul moyen pacifique d’avoir du progrès.

        – En fait, je parle du problème de dépendance au pétrole. Dans un contexte de transition énergétique, ça nous rappelle à quel point celle-ci est importante. Dans le premier argument, je ne défends pas l’industrie pétrolière mais les droits des ouvriers. Si la transition énergétique était plus avancée, je pense qu’ils auraient un autre boulot ailleurs.

        – Je rappelle que de toute façon on dépend des ouvriers, donc que c’est bien de ne pas les oublier. On se repose énormément sur les ouvriers des autres pays, et je voudrais qu’ils soient autant défendus que les notres. Pour ce qui est des patrons, je suis convaincu qu’il y a moyen de faire sans. Dans notre société, on a au final une multiplication des boulots inutils, dans l’administratif. Inutils car ne produisant rien, ne desservant aucune valeur ajoutée. Pour ce qui est de l’uberisation, j’apprécierais que tu expliques plus en détail ce que tu entends par là, c’est assez flou pour moi.

        Au plaisir.

    2. 1er argument. argument qui oublie l’histoire, la crise de 29, le new deal et j’en passe. Après on peut considérer que ces mesures “sociales” étaient aussi pour acheter une paix sociale mais c’est toujours utiliser la carotte et le baton. Il semble que le baton ne marche plus vraiment.
      2ème argument. on peut parler du réalisme et de l’écologie. Le changement de comportement s’impose mais en même temps, on sait qu’on ne renoncera pas du jour au lendemain à un véhicule personnel, donc à une pollution, à moins de politiques d’incitation, d’aménagement…Aujourd’hui, on constate la prolifération de projets de grands centres commerciaux, la disparition du commerce de proximité, donc de ce fait, une dépendance aux transports individuels, car ce n’est pas avec les cars macron qu’on fera nos courses. La livraison à domicile n’est pas non plus la solution.
      3ème argument. Il existe de nombreux exemples d’auto gestion, mais avec une hiérarchie, temporaire ou pas, selon les capacités, etc…De même doit on faire la différence dans le mot “patron”, car entre celui qui travaille réellement dans l’entreprise et celui qui est juste actionnaire et propriétaire, en déléguant , c’est très différent. Justement, Uber est l’exemple d’une dérive d’une mise à disposition marketing d’un moyen de vente, sans avoir à s’encombrer de main d’oeuvre, d’outils, …On peut aller très loin sur ce principe, mais on peut aussi s’étonner de ne pas voir Uber et d’autre développer cela dans des pays émergeants….

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